Fantasmes sexuels : ce qui nous excite n’est pas forcément ce qu’on veut vivre

Un scénario vous traverse l’esprit et vous excite… puis, une seconde après, vous vous demandez si vous auriez vraiment envie de le vivre. Un plan à trois, une rencontre avec un inconnu, être attaché(e), regarder ou être regardé(e) : nos fantasmes peuvent être très vivants dans notre esprit et dans notre imaginaire sans devenir des projets à réaliser.

Et c’est souvent là que les questions arrivent : « Pourquoi ça m’excite ? Est-ce que ça dit quelque chose sur mon couple ? Est-ce que je devrais lui en parler ? » Respirez ! Vous pouvez aimer l’idée dans votre tête et ne pas avoir envie de la retrouver dans votre chambre.

Les fantasmes sexuels sont-ils si rares ?

On imagine facilement que les autres ont des envies plus « normales » que les nôtres… mais la recherche donne une image plus nuancée. Dans une étude menée auprès de 1 516 adultes, Christian Joyal, Amélie Cossette et Vanessa Lapierre ont évalué 55 scénarios sexuels. Trente étaient rapportés par plus de la moitié des femmes, des hommes ou des deux groupes étudiés. Les scénarios autour de la domination et de la soumission figuraient notamment parmi les thèmes courants.

Cette étude ne dessine pas une carte universelle des fantasmes : les réponses dépendent des personnes interrogées et de la façon dont les questions sont posées. Elle rappelle toutefois qu’une envie qui vous semble singulière n’est pas forcément exceptionnelle. Et ce n’est pas parce que vous y pensez souvent qu’elle doit obligatoirement finir réalisée !

Les fantasmes peuvent parler de nouveauté, de désir, de complicité, de jeux de pouvoir ou de transgression imaginaire. Parfois, ce qui excite tient à un détail : se sentir intensément désiré(e), lâcher prise, garder le contrôle, être surpris(e), etc.

Si vous avez envie d’explorer ce qui nourrit la connexion à deux, retrouvez aussi notre page Complicité & vie de couple.

Fantasmer, vouloir essayer et le faire : trois choses différentes

Vous pouvez aimer l’idée d’être regardé(e) sans vouloir de spectateurs dans votre intimité. Imaginer une autre personne sans souhaiter ouvrir votre couple. Ou être excité(e) par un scénario de soumission tout en préférant décider de chaque geste dans la réalité.

Une revue scientifique publiée en 2023 souligne que ce que l’on imagine ne correspond pas nécessairement à ce que l’on souhaite ou fait dans la vie réelle. Un fantasme peut être une fiction érotique personnelle, un espace où l’on teste des idées sans engagement. Il ne prouve pas, à lui seul, qu’il manque quelque chose dans votre couple ou que vous devez changer votre façon de vivre votre sexualité.

Pour comprendre ce qui vous plaît, vous pouvez vous demander : qu’est-ce qui m’attire précisément dans cette scène ? La nouveauté ? Le regard de l’autre ? Le fait de décider, ou au contraire de lâcher prise ? La réponse peut être claire, floue, ou changer avec le temps. Vous n’avez pas à lui trouver une signification définitive.

Le désir lui-même peut d’ailleurs varier selon les moments et les personnes. Si vous vous interrogez sur une envie qui apparaît surtout une fois l’excitation installée, notre article sur le désir réactif peut vous éclairer.

Faut-il parler de ses fantasmes à son ou sa partenaire ?

Vous pouvez en parler, bien sûr. Vous pouvez aussi garder certains scénarios pour vous. Être en couple ne signifie pas devoir commenter chaque pensée intime, et la confiance ne se mesure pas au nombre de confidences sexuelles échangées.

Si vous choisissez d’ouvrir la conversation, dites d’emblée ce que vous attendez de ce partage. Par exemple : « Il y a une idée qui m’excite quand je l’imagine. Je ne te demande pas de la réaliser, mais j’aimerais savoir si tu as envie qu’on en parle. » Cette phrase laisse de la place à la curiosité, à l’hésitation et aussi au « non, ce n’est pas pour moi ».

Écouter un fantasme ne vaut pas accord pour le réaliser. Et si l’idée ne plaît pas à l’autre, ce n’est ni un défi à relever ni une preuve qu’il ou elle vous désire moins. Vous pouvez simplement en rester là, ou chercher ensemble ce qui vous ferait plaisir à tous les deux.

Un fantasme, une curiosité et une envie à vivre ne sont pas la même chose. Pour vous aider à vous connaître, le questionnaire « Vos envies à deux » vous aide à préciser ce qui vous attire, vos limites et les conditions qui comptent pour vous. À remplir seul ou chacun à son tour en couple, il propose un bilan expliqué, des lectures et des jeux adaptés à vos réponses, sans vous attribuer d’étiquette ni vous pousser à passer à l’acte.

Peut-on en jouer sans tout réaliser ?

Oui, et c’est souvent une manière douce de voir si une idée vous plaît à deux. Un fantasme peut rester une histoire racontée à voix basse, un échange de messages ou un jeu de rôle entre adultes consentants. Vous pouvez aussi en reprendre un seul élément : une ambiance, quelques mots, une tenue, une façon de vous séduire.

Le plus important est de vous sentir libres de dire ce qui vous convient, ce qui vous intrigue et ce que vous ne souhaitez pas. Pour toute mise en scène, les limites se discutent avant, chacun·e peut changer d’avis et il faut pouvoir arrêter à tout moment. Il n’y a aucune obligation de suivre le scénario jusqu’au bout.

Et si l’envie disparaît quand vous imaginez la scène dans la réalité ? C’est une réponse suffisante. Le fantasme peut rester exactement à sa place : dans votre imagination.

À retenir

  • Un fantasme sexuel n’est pas forcément une envie à réaliser.
  • Ce que l’on imagine ne résume ni sa personnalité, ni son couple, ni ses choix.
  • Vous pouvez en parler, le garder pour vous, ou n’en partager qu’une partie.
  • Une exploration à deux demande l’accord de chacun·e, des limites claires et la liberté de s’arrêter.
  • Vous n’avez rien à prouver : votre imagination n’a pas à devenir un programme.

Sources

Christian C. Joyal, Amélie Cossette et Vanessa Lapierre, What Exactly Is an Unusual Sexual Fantasy?, The Journal of Sexual Medicine, 2015.

Justin J. Lehmiller et Aki M. Gormezano, Sexual Fantasy Research: A Contemporary Review, Current Opinion in Psychology, 2023.

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